Les peintres français en Italie et le dessin d’après l’antique

Louis Marchesano (traduction Delphine Burlot)

« Mais, parce qu’il semble encore nécessaire aux jeunes gens de votre profession de faire quelque séjour à Rome pour s’y former le goût et la manière sur les originaux et les modèles des plus grands Maîtres de l’Antiquité et des siècles derniers, […] Sa Majesté a résolu d’y envoyer tous les ans un certain nombre [de jeunes gens][…] sous la direction de quelque excellent maître qui les conduisît dans leurs études, qui leur donnât le bon goût et la manière des Anciens, et qui leur fasse remarquer, dans les ouvrages qu’ils copieront, ces beautés, secrètes et presque inimitables, qui échappent aux yeux de la pluspart de ceux qui les regardent. »

(Lettre de Jean-Baptiste Colbert à Nicolas Poussin, 1664)

L’Académie de France à Rome fut établie en 1666 sous l’égide de la couronne française, qui voulait transformer Paris en une capitale artistique, pour accueillir des artistes et les encourager à une pratique déjà bien installée dans leur formation : cultiver leur talent, leur goût et leurs connaissances, et s’imprégner des richesses de la ville. L’imitation et l’émulation constituaient le fondement de la pédagogie artistique à l’époque moderne, et c’est dans ce contexte que les artistes français furent incités à étudier les monuments anciens.

Peintres et architectes partirent pour Rome comme pensionnaires, lauréats du convoité prix de Rome ; ceux qui n’obtenaient pas cette bourse d’État trouvaient souvent d’autres moyens pour voyager. Le concours du prix de Rome se tenait à Paris au sein de l’Académie royale des beaux-arts (qui prit le nom d’École des beaux-arts après la Révolution), dont l’Académie de France à Rome constituait une sorte d’annexe où les artistes les plus prometteurs de France pouvaient compléter leur expérience par une solide formation fondée sur l’imitation.

Durant un séjour de trois à cinq ans, les élèves devaient étudier les canons des beaux-arts au sein d’un programme pédagogique précis. Ce programme évolua au cours des siècles qui suivirent, sans que cela n’atteigne la curiosité des jeunes artistes déambulant dans la ville et remplissant leurs carnets de dessins de différents sujets, dont des antiquités – la plupart correspondant au canon académique. Ils s’entretenaient des marbres et des monuments en ruine rencontrés dans leurs visites avec une liberté que seul un carnet de dessin pouvait apporter. Des sculpteurs et des peintres, comme Antoine-Léonard Dupasquier et Jacques-Louis David, copièrent des statues entières, des détails de sandales ou de chaises, et relevèrent certaines attitudes ou expressions particulièrement intéressantes en manipulant souvent l’image de manière à embellir le travail de leurs homologues antiques. Les architectes, comme Marie-Joseph Peyre et Jules-Frédéric Bouchet, fascinés par les détails et les textures des fragments architecturaux, firent des relevés des monuments et les restituèrent sur le papier avec les effets de lumière, d’ombre et de perspective. Certains de ces voyageurs, une fois rentrés à Paris, publièrent leurs découvertes afin qu’une nouvelle génération d’artistes français puisse décalquer et dessiner les vestiges de la Rome antique bien avant de se rendre dans la Ville éternelle.