La collecte d’images : copies d’antiques et ouvrages antiquaires ayant servi de modèles pour l’album

Delphine Burlot

Les dessins du Recueil d’Antiquités d’Élie-Honoré Montagny ont pour la plupart été réalisés par l’artiste d’après nature. Un tiers des dessins seulement a été effectué à partir d’une reproduction, Montagny ayant copié un moulage en plâtre, ou décalqué une gravure dans un ouvrage antiquaire. Ces reproductions sont motivées par le désir de Montagny de collecter un grand nombre d’images de façon à mieux connaître l’iconographie antique et à la représenter convenablement dans sa peinture d’histoire. Cette démarche reflète un mode de travail appris dans l’atelier de David (voir son carnet), que plusieurs de ses élèves ont adopté par la suite, et dont les portefeuilles laissés par Ingres (conservés aujourd’hui au musée de Montauban) sont le meilleur témoignage.

Les moulages d’antiques dont s’est servi Montagny sont peu nombreux (Bassorilievo-Two Gutters in the shape of a lion's head + Bassorilievo - Victory) et il est probable qu’ils se trouvaient alors à la villa Médicis. Les œuvres copiées ici sont en effet toujours conservées à la villa, certaines d’entre elles sont exposées dans l’un des ateliers qui longent le Muro Torto. Les calques présents dans le Recueil d’Antiquités ont été réalisés à partir d’une dizaine d’ouvrages antiquaires publiés entre le XVIe siècle et le début du XIXe siècle. Il s’agit d’ouvrages abondamment illustrés, ayant connu une grande fortune tout au long du XVIIIe siècle, aussi bien chez les savants que chez les artistes. Parmi eux, les ouvrages de Bartoli semblent avoir particulièrement inspiré Montagny, qui a calqué près de cinquante gravures de son livre sur les lampes antiques (Le Antiche Lucerne sepolcrali figurate, 1691) et vingt-cinq autres gravures publiées dans l’ouvrage présentant les gemmes de la collection Odescalchi (Museum Odescalchum, 1751), dont une grande partie avait appartenu à la reine Christine de Suède. La manière dont Montagny procède pour recueillir l’image nous renseigne sur sa pratique : lorsqu’il s’agit de lampes antiques, il sélectionne bien souvent le sujet représenté sur le médaillon sans documenter la forme de l’objet, dont il se soucie peu. Il relève tels quels les quelques mots du commentaire de Bartoli relatifs à l’iconographie, sans les réadapter ni les traduire, ce qui explique les nombreuses annotations en italien et en latin sur les calques.

L’intérêt de Montagny pour l’iconographie se manifeste également dans le choix de reproduire un certain nombre de gravures publiées dans Le Discours de la religion des anciens Romains, de Guillaume Du Choul, ce qui lui permet d’étoffer sa collection d’images d’objets du culte romains (folio 10 verso). Enfin, la copie d’un grand nombre d’objets gravés par Hubert Robert pour les griffonnis de l’abbé Saint-Non témoigne de la volonté de documenter des antiquités célèbres, mais auxquelles il n’a sans doute pas eu accès : ainsi les deux trépieds en bronze provenant de Pompéi (Tripod with sphinxes et Tripod with Ithyphallic satyrs) avaient été emportés par le roi de Naples dans son exil en Sicile, avec la majeure partie des bronzes antiques de sa collection.

Il est impossible aujourd’hui de déterminer avec certitude les sources utilisées par Montagny pour réaliser ces reproductions. Il est probable que, comme pour les moulages, il ait simplement copié des ouvrages à sa disposition à la villa Médicis. En effet, les livres de Bartoli étaient présents dans de nombreuses bibliothèques et un exemplaire du rare recueil de Saint-Non se trouvait alors dans la collection de Pierre-Adrien Pâris, directeur de l’Académie de France et protecteur du jeune peintre.

Bibliographie

Liste des ouvrages utilisés par Montagny

Cailleux, 1963

Picard-Cajan, 2006